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Le soutien - quel carambolage !

On entend très souvent des avis qui divergent sur ce qu’il ‘faut’ faire au niveau du ventre lorsqu’on chante. Certains affirment qu’il faut absolument rentrer le nombril, d’autres qu’il faut plutôt le sortir, d’autres encore qu’il faut pousser vers le bas, et il y a même ceux qui prétendent qu’il ne faut rien bouger du tout et plutôt tout garder en extension. On nous dit que c’est le nombril le plus important, ou que c’est plutôt les côtes flottantes, ou bien le plancher pelvien ou encore que tout est dans le dos. Il y a aussi les gens qui disent ‘ignorez le souffle, c’est sans importance’.

Les gens emploient plein de mots techniques / pseudo-scientifiques (la respiration costo-diaphragmatique, la contre-pression, la bucco-nasalité…) ou des termes tirés de langues étrangères (c’est chic, les langues étrangères - ça fait intello…), ce qui rend encore plus difficile le tri.  On me demande au moins une fois par mois s’il faut plutôt choisir l’appoggio ou une autre technique de soutien - mais encore faudrait-il que le mot appoggio veuille dire la même chose pour toutes les personnes qui l’emploient…  J’ai vu au moins trois stratégies radicalement différentes enseignées sous le nom d’appoggio.  Par contre ça claque, un mot en italien, hein?

Difficile de s’y retrouver dans tout ça ! Surtout que tout le monde est convaincu d’avoir raison. D’ailleurs, si vous voulez déclencher une bagarre, il vous suffit de poser la question ‘quelle est la vraie technique du soutien’ dans une salle rempli de chanteurs et de profs de chant (allumez la mèche et reculez - comme pour les feux d’artifice !)

Il y a néanmoins un problème de base avec la notion de la ‘bonne’ façon de soutenir la voix : aucune étude scientifique menée à ce jour n’a pu trouver de réponse concrète à la question ‘comment doit-on soutenir sa voix’ - en fait, différents chanteurs semblent faire différentes choses. Dans une étude menée sur le chant lyrique, les chercheurs ont conclu que la voix ‘soutenue’ était un résultat acoustique, productible de plusieurs façons (1) alors qu’une autre étude a conclu que la production d’une voix lyrique ne dépendait absolument pas d’une stratégie respiratoire donnée (2) Encore une autre étude a démontré que le résultat acoustique que les gens appellent ‘la voix soutenue’ semble être reconnaissable à l’oreille, que ça dépendait de changements dans la pression du souffle ainsi que dans le spectre harmonique du chant mais que les artistes n’utilisaient pas tou.te.s la même stratégie pour y parvenir. Ce qui était encore plus étonnant c’est que ces mêmes artistes se trompaient fréquemment sur leur propre stratégie  lorsqu’ils devaient l’expliquer, décrivant des mouvements ou des approches qui ne collaient pas du tout avec la réalité de ce qu’ils faisaient (3).

La seule conclusion logique semble être la suivante : ‘le soutien’ peut être réalisé de différentes manières.


Comment le travailler alors ?

Si on souhaite améliorer son soutien, il n’y a qu’une question qu’il faut se poser ‘qu’est-ce que j’essaye de contrôler’ - et la réponse (déjà trouvé par les chercheurs) est ‘le flux d’air, la pression pulmonaire et la recette harmonique de mon son’. C’est tout. Pour cet article, laissons de côté les harmoniques (puisqu’on parle du souffle et puisque le résultat harmonique diffère d’un style à un autre) et nous concluons qu’apprendre à contrôler le flux et la pression sont les deux seules compétences respiratoires nécessaires : et les deux dépendent de la relation entre les poumons et les cordes vocales.

Plutôt que de se poser la question ‘qu’est-ce qu’il faut bouger à quel moment’ ou ‘qu’est-ce que je dois faire au niveau du plancher pelvien’ apprenez plutôt à  sentir et contrôler la pression de souffle dans le torse. Ainsi vous cultiverez une approche flexible (alors que si vous tablez tout sur une façon de bouger les côtes flottantes, vous serez bien emmerdé le jour où vous vous trouverez sur scène en corset !)

Quelques suggestions pour vous aider

  1. Pour vous familiarisez avec la sensation de pression pulmonaire, inspirez profondément et retenez votre souffle. Vous serez conscient.e d’une sensation de pression à l’intérieur de votre torse. Ceci est la pression positive. Faites la même chose après avoir expiré profondément et vous sentirez la pression négative.
  2. Inspirez profondément et expirez lentement, vous passerez progressivement de la pression positive à la négative. Si vous voulez aller jusqu’au bout, vous sentirez que vous êtes obligé d’expirer plus activement à partir du milieu du cycle expiratoire.
  3. Gonflez les joues et chantez une note (laissez un peu d’air s’échapper entre les lèvres) - vous ressentirez la pression pulmonaire à l’intérieur de votre torse. Essayez des notes plus fortes et moins fortes - qu’est-ce qui change ?
  4. Gonflez les joues et chantez des phrases assez longues - quel est votre ressenti au niveau de la pression pulmonaire ? Est-elle régulière ou changeante ?
  5. Chantez des chansons entières en vérifiant que votre pression pulmonaire est adéquate pour le volume que vous utilisez. Si les phrases sont longues, vérifiez que vous allez jusqu’au bout (comme dans l’exercice 2)
  6. Alternez des phrases en position joues gonflées, puis en chantant normalement.
  7. Arrêtez de vous prendre la tête sur la quête de la seule véritable façon de respirer - détendez-vous par rapport à ça (un bon thé et un éclair au chocolat peuvent aider…)

 

Article d'Allan Wright, octobre 2018. 

Références

1.  Peter J Watson, Jeanette D. Soit, Robert W.. Lansing and Thomas J. Hixon, « Abdominal Muscle Activity During Classical Singing » Journal of voice, Vol. 3, No. 1 (1989), pp. 24-31
2. Monica Thomasson and Johan Sundberg, « Consistency of Inhalatory Breathing Patterns in Professional Operatic Singers » Journal of Voice, Vol. 15, No. 3 (2001), pp. 373-383
3. Barbara Griffin, Peak Woo, Raymond Colton, Janina Casper and David Brewer, « Physiological Characteristics of the Supported Singing Voice : A Preliminary Study » Journal of voice, Vol.9, No. 1 (1995), pp. 45-56