Menu
Page Facebook du Chanteur Moderne Twitter du Chanteur Moderne
Inscription newsletter
Contactez nous

Article écrit par Claire Stancu, Professeur associée TCM. Pour en savoir plus sur Claire, cliquez ici pour visiter son site web.

 

Parler du silence et de ses bienfaits sur un site consacré à la voix et au chant, ça semble paradoxal! Mais vous dites-vous parfois: « On ne s’entend pas penser », quand le bruit environnant interfère avec votre concentration? Ou bien: « Je ferais bien une cure de silence », quand vous êtes épuisé après une journée dominée par le bruit au travail ou dans les transports ? Votre intuition vous dit que silence et tranquillité vous aideraient à rester concentré, efficace et créatif dans le travail, ou simplement à récupérer d’une grosse journée.


Intuition et recherches convergent: des études récentes indiquent que ponctuer la journée de plages de silence favorise la récupération.
On sait depuis des décennies que l’exposition prolongée au bruit (voisinage d'aéroport ou d'autoroute par exemple) affecte la qualité de vie, l’audition, le sommeil, voire la santé cardio-vasculaire: en effet, même quand nous dormons, le bruit fort et prolongé fait réagir les neurones de l'amygdale, région du cerveau associée à la mémoire et aux émotions, et fait ainsi grimper le taux d'hormones liées au stress. (1)


Les recherches sur les effets du silence sont récentes mais prometteuses, et les résultats parfois inattendus: en effet, ce n’est pas toujours le silence que les scientifiques cherchaient à étudier, mais par exemple l’effet de certains sons sur les apprentissages chez la souris, ou l’effet de musiques relaxantes sur la stabilisation du rythme cardiaque chez l’humain. Surprise: c’est plutôt grâce aux périodes de silence après les séquences sonores que l’apprentissage se consolide, via le développement de nouveaux neurones dans l’hippocampe, région associée à la formation des souvenirs (2); et, davantage que la musique relaxante, ce sont les plages de silence entre les morceaux qui aident le coeur à revenir à la normale. (3)


L’apparition d’un stimulus fait s’activer nos neurones, or pour le cerveau, le silence n’est pas l’absence de stimulus: c’est un stimulus à part entière, qui fait réagir des neurones spécifiques du cortex auditif (4). D’ailleurs, c’est parfois la “qualité” du silence qui nous impressionne soudain, lors d’un séjour à la campagne ou à la montagne.

The sounds of silence

Mais de quel silence parlons-nous ? Le silence absolu n’existe que dans les chambres anéchoïques (salles dont les parois absorbent les ondes sonores ; on y teste la sensibilité ou la puissance acoustique de certains équipements électroniques). Même là, on percevra des sons, ceux de notre corps : respiration, battements cardiaques. Y séjourner génèrerait une privation sensorielle vite difficile à supporter !


Notre environnement quotidien nous fournit un silence relatif, une pause face aux stimulations sonores habituelles : urbaines, musicales, langagières. De toute façon, pour notre cerveau, le silence n'est jamais complet: quand l’écoute d’un morceau familier subit de courtes interruptions, une partie du cortex auditif remplit les blancs en recréant en interne les extraits manquants. (5) L’expression: “le silence qui suit Mozart, c'est encore du Mozart” a donc une base physiologique!

Le monde de l'entreprise s'intéresse aux travaux sur le silence: la Harvard Business Review (6) recommande de ponctuer sa journée de travail par des pauses silencieuses, sans communication orale ni écrite (ex: twitter…), pour éviter la charge cognitive d’élaborer quoi dire, quoi écrire et comment. Marcher dans la nature est aussi une bonne façon de récupérer mentalement et physiquement d’un environnement bruyant, via l’immersion dans un paysage sonore plus calme et inhabituel. De plus, nos capacités de discrimination auditives s’affinent à l’écoute de perspectives sonores différentes.


Musiciens, chanteurs, nous évoluons dans un bain de musique et de textes, et notre cerveau musical fait souvent des heures sup’. Déconnectons-nous donc de temps en temps des stimuli qui nous occupent l’oreille et l’esprit : chansons en chantier qui se rappellent à nous intempestivement, recherche sur YouTube qui se transforme vite en sauts de puce d’un lien à un autre.

Quelques exos

Pas besoin de partir au fin fond de l’Ardèche ou en week-end de retraite silencieuse. Voici quelques exercices pratiques pour nous re-lier à nous-même, à la musique et à notre créativité, via le silence. Mais rechercher le silence en laissant le champ libre à un monologue intérieur qui tourne en rond, juge, rumine et épuise, ce serait peu constructif : le cerveau, on l’a vu, fait tout pour remplir le vide! Je vous propose plutôt de vous brancher sur d’autres fréquences, en écoutant le silence imparfait qui vous entoure et en laissant émerger ses propriétés. Pensez juste à éteindre la sonnerie de votre portable !

 

  1. Paysage sonore en plein air : Promenez-vous dans un endroit calme, restez disponible aux sons environnants, sans chercher à nommer ou analyser ces sons. Laissez se cartographier le paysage sonore, habitez-le, intégrez-y progressivement le son de vos pas et de votre respiration sans chercher à rien modifier, ni contrôler.
  2. Paysage sonore en intérieur : Même principe, mais chez vous, dans une pièce où vous ne serez pas dérangé. Assis confortablement ou allongé, yeux fermés, laissez venir à votre perception l’ambiance sonore sans étiqueter ni analyser les sons. Laissez un paysage sonore prendre forme et occuper l’espace. Au bout de quelques minutes, laissez votre écoute alterner entre le paysage sonore et votre respiration. Puis, lorsque vous le souhaitez, tournez toute votre attention vers vos sensations corporelles et votre respiration, laissant le paysage sonore au second plan. Faites une dizaine d’inspirations et expirations régulières plutôt lentes, puis laissez la respiration tranquille et restez quelques minutes simplement au calme, comme installé « au milieu » de vous-même. Quand vous le souhaitez, reprenez progressivement conscience de votre environnement : sons extérieurs, luminosité et volumes de la pièce, puis ouvrez les yeux.
  3. Ecoute puis silence : Ecoutez une chanson puis restez quelques minutes dans le calme du silence. Laissez l’esprit et l’oreille appréhender ce qui vient : restez-vous sur le souvenir des dernières résonances de la chanson ? Les sons environnants reviennent-ils au premier plan ? Des phrases d’autres chansons vous viennent-elles par association ? Des idées de riff, de mélodie ou de texte pour une compo ?
  4. A essayer aussi après l’écoute d’un album entier : Qu’est-ce qui diffère par rapport à l’écoute d’une seule chanson ? La vue d’ensemble que vous aviez de l’album lors d’écoutes précédentes change-t-elle ?
  5. Silence puis écoute d’un morceau que vous connaissez : Faites précéder l’écoute musicale d’une ou deux minutes d’écoute du « silence » ambiant. En écoutant la chanson, entendez-vous des éléments musicaux que vous n’aviez jamais notés ?
  6. Plage de silence avant ou après avoir chanté une chanson : percevez-vous la chanson autrement du point de la mélodie ou des paroles ? Est-ce que ça vous donne envie d’essayer quelque chose de différent sur la chanson ?

N’hésitez pas à inventer vos propres variantes !

Conseil : si vous souffrez d’acouphènes, certains de ses exercices seront peut-être inconfortables. Je vous suggère alors de privilégier le premier (paysage sonore en plein air), puisque le niveau sonore, même en forêt ou à la campagne, sera probablement plus élevé que le niveau des acouphènes ; vous devriez donc pouvoir profiter de ce moment de reconnexion tranquille avec vous-même et votre environnement.

 

Références

  1. Ising, H., Kruppa, B. Health effects caused by noise. Evidence in the literature from the past 25 years. Noise and Health, 2004, vol.6, n°22, pp.5-13.
  2. Kirste, I., Zeina, N., Kronenberg, G., Kempermann, G. Is silence golden? Effects of auditory stimuli and their absence on adult hippocampal neurogenesis. Brain Structure and Function, 2015, Vol. 220, n°. 2, pp. 1221–1228
  3. Bernardi, L., Porta, C., Sleight, P. Cardiovascular, cerebrovascular, and respiratory changes induced by different types of music in musicians and non‐musicians: the importance of silence. Heart. 2006, vol.92, n°4, pp. 445–452.
  4. Scholl, B., Gao, X, Wehr, M. Nonoverlapping Sets of synapses drive on responses and off responses in auditory cortex. Neuron, 2010, vol. 65, n°3, pp. 412-421.
  5. Kraemer, D.J.M., Neil Macrae, C., Green, A.E., Kelley, W.M. Musical imagery: Sound of silence activates auditory cortex. Nature, 2005, n°434, p.158.
  6. Talbot-Zorn, J. and Marz, L. The busier you are, the more you need quiet time. Harvard Business Review, Mars 2017.