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Si vous n’avez pas encore lu la première partie de cette série, c’est par là - vous en aurez besoin afin de comprendre la suite de cet article.

Comment peut-on produire le même son que nos trois chanteurs ?
Pour répondre à cette question, nous avons besoin de comprendre ce qu'entend notre oreille lorsque ces personnes ‘beltent’. Ça sonne comme une voix parlée ou appelée, bien au dessus de sa tessiture habituelle. Comment font ces chanteurs pour ne pas se blesser en réalisant un tel exploit ? Pour moi, la réponse passe par l’utilisation des lois de l’acoustique pour amplifier la voix, presque passivement. 

Pour comprendre comment ça peut nous aider, nous avons besoin d’asseoir quelques notions de base d'acoustique de la voix chantée. Pour faire simple (et une explication complète est, évidemment, impossible dans un article si court), un signal acoustique, tel que le signal produit par une corde de piano ou nos cordes vocales, est composé d’une fréquence de base (la note que notre oreille entend) et plein d’autres fréquences qui vibrent toutes en même temps. Nous appelons ces fréquences ‘harmoniques’ et elles jouent un rôle important dans le timbre qu’entendent nos oreilles.  Lorsqu’un signal acoustique complexe passe par un résonateur, certains harmoniques sont amplifiés et d’autres sont affaiblis. C’est essentiellement la taille et la forme du résonateur qui déterminent quelles fréquences sont amplifiées. Chaque résonateur produit donc une ‘recette’ harmonique unique. Notre oreille interprète ces différentes recettes comme étant différents timbres - c’est ce qui nous permet de distinguer un piano d’un violon, même si les deux jouent la même note.

Voici une analyse acoustique simple de la note do3 (do de la serrure), joué sur mon piano :

Les lignes horizontales que vous voyez représentent les harmoniques. La ligne la plus basse est la note que l’on entend (do3) et les lignes au dessus représentent toutes les autres fréquences qui vibrent en même temps (les harmoniques). En regardant la partie droite de l’écran, vous constaterez que certaines lignes sont plus longues que d’autres - plus la ligne est longue, plus la fréquence qu’elle représente a été amplifiée. Dans cette analyse de la note au piano, nous pouvons facilement voir que le second harmonique (la deuxième ligne en partant du bas) est le plus amplifié, suivi par le premier (la note même), puis le cinquième etc. (Je sais que l’on devrait dire ‘fréquence fondamentale' plutôt que 'premier harmonique', mais je simplifie les notions pour rendre cet article plus digeste !)  L’amplification relative des harmoniques, les uns par rapport aux autres, est interprétée par nos oreilles comme un timbre unique. Logiquement, si on regarde la même note joué au violon, alors, on devrait voir une recette harmonique différente :

Voici l’analyse spectrale de la même note, jouée au violon. En regardant la partie droite de l’écran, on constate très facilement que ce ne sont pas les mêmes harmoniques qui sont amplifiés. Le premier est de loin le plus fort, suivi du septième, puis le troisième etc. Cette image représente un timbre différent et nous montre comment nos oreilles arrivent à entendre ‘ah ça, c’est un piano’ et ‘ça, c’est un violon’ - même sans voir les instruments en question. En ce qui concerne la voix humaine, on pourrait appeler de telles différences de recette harmonique ‘poitrine’, ‘tête’, ‘mixte’ ou - pour rester dans le sujet - ‘belting’. 

Pour résumer les informations qui nous intéressent : La recette harmonique d’un résonateur donné est interprétée par nos oreilles comme étant un timbre unique. Si nous souhaitons reproduire un timbre donné, il nous est utile de comprendre de quelle recette il s'agit.

Pour trouver la recette harmonique utilisée par nos chanteurs, il nous suffit de passer leurs voix par le même logiciel d’analyse. Voici le résultat de la note beltée de Caissie Levy :

Parce que le logiciel interprète à la fois sa voix et l’accompagnement musical, j’ai marqué le premier et second harmonique de sa voix en bleu et rouge respectivement pour en faciliter la lecture - vous pouvez ignorer le reste du signal.  Nous voyons ici, donc, que le deuxième harmonique est fortement amplifié par rapport aux autres.

Voyons si Laura Osnes fait quelque chose de semblable :

Encore une fois, j’ai marqué les deux premiers harmoniques pour faciliter la lecture et, encore une fois, nous constatons que c’est le second harmonique qui est renforcé (ici il est très fortement amplifié).

Vu la quantité de bruit ambient dans sa vidéo, je n’ai pas réussi à avoir une analyse propre de la voix de Jeremy Jordan - j’ai donc chanté la dernière phrase de sa chanson moi-même, dans la même tonalité et j’ai belté la dernière note. Bien sûr, ceci ne veut pas dire que Jeremy Jordan utilise le même recette harmonique que moi, mais je l'ai inclus dans le dernier article simplement dans le but de montrer que les hommes aussi beltaient. Donc, même si cette image n’est pas une analyse de la voix de Jeremy, elle représente une analyse d’un chanteur professionnel qui belte la même chanson, je trouve donc que c'est valable pour notre petite recherche.

Encore une fois, le second harmonique est plus fort.

On peut en conclure, alors, que si nous apprenons à amplifier le second harmonique au dessus du passage dans notre voix, nous pourrons créer le timbre caractéristique du belting. Ceci fait sens d’un point de vue acoustique aussi puisque certaines recettes harmoniques peuvent faciliter la production vocale pour les cordes, un peu comme un coussin de vibrations. Cet article n’a pas pour but d’expliquer les interactions complexes du conduit vocal et des cordes - mais on peut simplement retenir qu’en apprenant à amplifier le second harmonique, on facilite la création du timbre belt et on réduit la charge au niveau des cordes. C’est tout bénéf’! (Si vous souhaitez en apprendre plus sur les interactions acoustiques du conduit et des cordes, je vous recommande le livre ‘Principles of Voice Production’ d’Ingo Titze - c’est une bonne introduction).

Comment peut-on apprendre à le faire ?
Revenons aux résonateurs. La voix humaine ne dispose que d’un seul résonateur : le conduit vocal. La poitrine ne résonne pas, la tête non plus, ni les sinus (en tout cas, pas assez pour rajouter quoi que ce soit au timbre) et ces trois espaces sont remplis de trucs gluants et dégoûtants qui réduiraient fortement leur efficacité acoustique de toutes façons ! Est-ce que ça veut dire que, fatalement, comme le piano ou le violon, nous somme contraints de produire une seule recette harmonique puisque nous ne disposons d'un seul résonateur ? Et bien non. Notre conduit vocal a la merveilleuse particularité de pouvoir changer de forme à souhait. Il nous suffit de trouver la forme qui amplifie le second harmonique sur les fréquences en question et BANCO !

La réponse pratique se trouve dans le choix des voyelles. Vous pouvez considérer chaque voyelle comme étant une forme de conduit vocal particulière, un peu comme si les voyelles étaient toutes des résonateurs différents. Trouvez la voyelle qui amplifie le second harmonique de la note en question et le belting devient subitement beaucoup plus facile. D'un point de vue pratique, ce sont les voyelles ouvertes, une plus grande embouchure et un conduit vocal plus court qui vous rendront plus simple le belting.  En effet, si vous regardez nos trois chanteurs (ou même n’importe quel chanteur qui belte) vous remarquerez certainement une grande ouverture au niveau de la mâchoire, des voyelles très ouvertes (pensez à Elphaba dans Wicked qui chante ‘bring may down’ plutôt que ‘bring me down’) et si le chanteur en question a un larynx très visible, vous le verrez certainement monter pendant la production de ces notes. 

Avertissement
Avant d’aller plus loin et de vous donner des suggestions pour travailler le belting, il est important de vous rappeler que le belting ne fait pas mal. Ce n’est ni inconfortable, ni douloureux, ni serré. Ça demande de l’énergie, mais c’est confortable et facile en gorge. Rappelez-vous également que vous êtes seul responsable de votre santé vocale - si un exercice est inconfortable ou douloureux, vous faites quelque chose de travers et vous devriez arrêter. Je ne peux accepter aucune responsabilité pour les résultats éventuels de l’application erronée des informations contenues dans cet article - écoutez votre corps et - si vous avez du mal à apprendre le belting seul - cherchez un prof spécialisé pour vous guider.  Ces exercices ne sont pas appropriés pour les personnes souffrant d’une pathologie vocale quelconque, ni de fatigue vocale ni même les personnes ayant un timbre soufflé - le belting et les excès de souffle ne font pas bon ménage.

Au boulot !
Les suggestions suivantes vous aideront à vous essayer au belting :

  1. Entraînez-vous à utiliser votre voix parlée au dessus du passage (au dessus du fa3). Le belting n’a rien de la voix de tête. Vous pouvez vous y entraîner en disant ‘hey there!’ ou bien ‘hé-oh’ sur des notes de plus en plus aiguës, comme si vous parliez au dessus de la foule dans un bar. Commencez aux alentours du do3 et montez par demi-tons  en laissant la voix parlée se transformer doucement en appel au loin. Ne dépassez pas le do4 pour l’instant.
  2. Pendant que vous montez, vous aurez besoin de fortement réduire votre sensation de flux d’air. Si vous avez l’habitude de chanter ‘sur le souffle’, vous pouvez même avoir la sensation de chanter en apnée. Ceci est parfaitement normal lorsqu’on fait du belting.
  3. Choisissez un mot avec une voyelle ouverte - par exemple ‘yeah’ ou ‘ouais’ pour faire la transition vers l'application en chanson. Commencez aux alentours du ré3 et dites (notez bien ‘dites’ et non pas ‘chantez’) ‘yeah’ sur la note avec une voix parlée joyeuse. Remarquez à quel point ça demande peu de souffle. Montez par demi-tons, laissez votre larynx monter un peu, augmentez progressivement le volume pour que la voix devienne plus appelée et retenez le souffle (vous pouvez avoir l’impression d’appeler en arrière ou bien vers l’intérieur). Entraînez ce geste jusqu’au do4 pour l’instant.
  4. Choisissez une chanson avec une note au dessus du fa3 (mais pas plus aiguë que le do4) que vous souhaiteriez belter. Chantez la phrase en question, en remplaçant le mot ‘belté’ par ‘yeah’ ou ‘ouais’ - cherchez la même sensation que dans l’exercice précédent. Répétez jusqu’à ce que ce soit facile, puis essayez avec le vrai texte - vous serez certainement contraint de modifier un peu votre voyelle pour y arriver - la sensation obtenue dans l’exercice précédent doit toujours primer sur la pureté du texte. 


La semaine prochaine, je vous proposerai une vidéo pour vous aider à vous y entraîner. D’ici là, entraînez-vous avec les suggestions dans cet article et, surtout, amusez-vous !