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Ce mot est très à la mode dans le monde du chant en ce moment - si on veut chanter de la pop, de la soul, du gospel ou - surtout - de la comédie musicale anglo-saxonne, on a l’impression que c’est THE technique à maîtriser - mais qu’est-ce que ça veut dire au juste ?

Et bien, tout comme le mot ‘soutien’ (voir mon article récent ici), ce terme est utilisé par différentes personnes pour désigner différentes choses. Pour certains, ça veut dire ‘chanter aigu et fort’ pour d’autres ‘chanter avec intensité’ et pour d’autres encore ‘chanter en voix de poitrine dans les aigus’. Ce n’est pas facile de s’y retrouver.

En tant que spécialiste du théâtre musical anglo-saxon, je vais tâcher de vous donner une définition tirée de mon expérience et des conventions stylistiques de ce monde là (puisque le terme vient de ce domaine, ça me semble un bon début).

En  théâtre musical, le belting désigne une façon de produire les notes au dessus du passage sans avoir recours à une voix type ‘voix de tête’. C’est une technique utilisée essentiellement par les femmes (certains prétendent même que les hommes ne peuvent pas le faire… j’y reviendrai plus tard) et c’est effectivement une technique essentielle de nos jours.

Le terme ‘Belting’ nous vient certainement du verbe ‘to belt’ en anglais qui a deux sens ‘entourer d’une ceinture’ et ‘frapper fortement’. Dans les années 20 certaines chanteuses produisaient déjà un son puissant qui portait jusqu’au fond de la salle sans micro et qui était différent du son utilisé par les chanteuses lyriques. On disait qu’elles ‘beltaient’ la chanson (comme si elles frappaient fort au niveau de la voix pour que ça porte). C’est donc avant tout une stratégie de projection qui était nécessaire à une époque où l’amplification sur scène n’en était qu’à ses débuts et où certains rôles demandait un timbre autre que le timbre lyrique. De nos jours, le micro est systématique dans toutes les productions de qualité, mais le belting n’a pas disparu pour autant. Au lieu de servir d’outil de projection, il vient maintenant agrémenter la palette de couleurs de l’artiste.

On pourrait résumer comme ça « le belting moderne est une façon de chanter au dessus du passage (au dessus du fa3) avec une voix qui sonne assez parlée et / ou appelée. Les voyelles sont ouvertes et le volume assez élevé. »

Cette technique est réservée pour le climax musical ou émotionnel d’un morceau (et ne doit pas être considérée comme la solution pour toutes les notes aiguës - ce serait insupportable à écouter !)

Voici deux exemples tirés du répertoire du théâtre musical :

Caissie Levy, All I need (Composition de Jonathan Reid Gealt) vers 2m53s elle chante la phrase «  I don’t want » -  le mot ‘I’ est un bon exemple de belting.
Laura Osnes, Dyin’ aint so bad (de la comédie musicale Bonnie and Clyde) : vers 29s elle chante la phrase « I’d rather breathe in life than dusty air » - le mot ‘air’ est, selon moi, une vraie leçon de belting. 

On ne peut vraiment pas se tromper - le son est vaillant, puissant, appelé et diamétralement opposé au son que l’on appelle ‘voix de tête’ (même si ces notes se trouvent dans la tessiture traditionnellement associée à la voix de tête).

Donc, s’agit-il simplement de chanter dans les aigus avec la voix de poitrine ? Non. Le paramétrage musculaire dans le larynx n’est pas pareil que lorsque quelqu’un chante en voix de poitrine dans les graves et ce serait une erreur d’essayer d’amener la voix de poitrine pure aussi haut dans la tessiture.  Ce serait plus correct de dire qu’il s’agit d’une technique qui donne l’impression aux auditeurs qu’on utilise la voix de poitrine dans les aigus. 

Est-ce réservé aux femmes ?
Certaines personnes disent que les hommes ne beltent pas, mais ce n’est pas vrai. Ce son est productible par les hommes et les femmes et est très souvent utilisé par les hommes en théâtre musical moderne

Jeremy Jordan, Santa Fe (du spectacle Newsies) :  vers 3m15s, il chante la pharse « I ain’t got nothing if I ain’t got Santa Fe » - on entend clairement une production en belting sur le mot ‘Fe’.

Est-ce que c’est dangereux pour la voix ?
A en croire certains, le belting serait mauvais pour la santé vocale. Je pense que cet avis est le fruit de la croyance (erronée) que le belting est une utilisation de la voix de poitrine dans les aigus, ce qui pourrait effectivement s’avérer fatiguant pour les cordes vocales. Cependant, beaucoup d’artistes du monde du théâtre musical se servent de cette technique plusieurs fois par soir, quasiment tous les jours de la semaine et n’ont pas plus de problèmes de voix que les autres. On doit donc en conclure qu’il existe des façons saines de produire ce son.

Comment peut-on apprendre à le faire sainement ?
Mon prochain article se penchera sur des stratégies tirées de dernières recherches scientifiques pour vous aider à vous essayer au belting, d’ici là - faites-vous un playlist d’artistes similaires à ceux que je vous ai cités (c’est parti pour trois heures de perdues sur YouTube !) Soyez sûrs de revenir la semaine prochaine pour la suite.